(Le Potentiel 23/01/2012)
Le naufrage du Titanic en 1912 continue à hanter les esprits et restera à jamais dans les annales des ratés de la révolution industrielle de la fin du 19ème siècle. Pourtant, le grand paquebot était voué à un avenir radieux. Mais, la nature en avait décidé autrement, vouant aux gémonies l’arrogance de ses constructeurs, trop imbus d’eux-mêmes.
«Ce bateau est insubmersible. Même Dieu ne saurait pas le faire couler», lançait l’un de ses initiateurs le 10 avril 1912 à l’appareillage du navire au port de Southampton en Angleterre, avec comme commandant de bord Edzard Smith qu’on présentait comme le plus grand commandant de l’époque. Cependant, malgré toute la technologie déployée dans le navire et la grande expertise de son équipage, le Titanic va terminer son long voyage vers l’Amérique dans la nuit du 14 au 15 avril 1912 dans un coin perdu de l’Atlantique Nord, après avoir heurté de plein fouet un iceberg.
Le naufrage a été un choc dans le monde entier, et notamment à New York et en Angleterre. Après le naufrage, plusieurs commissions d'enquête ont été diligentées et leurs conclusions ont servi à améliorer la sécurité maritime, notamment grâce à de nouvelles réglementations. Plusieurs facteurs se sont conjugués pour expliquer à la fois le naufrage et le nombre élevé des passagers à ne pas y avoir survécu. Le navire ne disposait pas de canots de sauvetage en nombre suffisant et l'équipage n'avait jamais été entraîné à gérer ce type d'événement. De ce fait, l'évacuation des passagers a été mal organisée et les canots ont été sous-chargés. En plus, le comportement du commandant Edward Smith a aussi été dénoncé, notamment parce qu'il avait maintenu le paquebot à une vitesse trop élevée compte tenu des conditions de navigation. Les circonstances météorologiques et climatiques avaient également joué un rôle déterminant.
POURQUOI CE RAPPROCHEMENT ?
Pourquoi avoir fait ce détours vers l’histoire lointaine du Titanic ? C’est la question que vous vous pouvez poser, chers lecteurs. Néanmoins, ce rapprochement n’est pas fortuit. Il se justifie à maints égards au regard de nombreux ratés accumulés dans le processus électoral congolais. C’est dans les causes présumées du naufrage du Titanic que l’on trouve de fortes similitudes avec les irrégularités que l’on dénonce aujourd’hui dans le travail mené par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) que dirige le pasteur-président Daniel Ngoy Mulunda.
En 1912, lorsque le Titanic est conçu pour effectuer la traversée de l’Atlantique, toute la presse est mobilisée. Le Titanic méritait bien son succès. Car, ce fut réellement un paquebot révolutionnaire. Son succès poussa ses concepteurs à minimiser certains détails qui, plus tard dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, s’avérèrent déterminants après la collision avec l’iceberg. C’est notamment le nombre insuffisant de canots de sauvetage – ces garde-fous qui devaient permettre l’évacuation des passagers en cas de naufrage. Très sûrs d’eux, le constructeur du Titanic les avait prévus en nombre insuffisant. Ainsi, entre à 23 h 40, heure de la collision, et 2h20 du matin, heure du naufrage, le Titanic n’a pas pu sauver ses milliers de passagers. Entre 1 491 et 1 513 personnes périrent ce jour-là. Au-delà de ce défaut de construction, il y a eu aussi l’attitude du commandant de bord, Edward Smith qui, malgré sa grande expérience, a minimisé le danger sur le terrain.
Le 14 avril, alors que le Titanic a déjà parcouru 1 451 milles (2 687 km), le Caronia signale, vers 9h00 du matin. En début d'après-midi, trois navires, le Baltic, l’America et le Noordam signalent des glaces à peu près au même endroit. En soirée, un cinquième navire, le Californian, envoie le même message. Mais le commandant n'en tient pas compte et le paquebot est poussé à sa vitesse maximum, probablement dans l'objectif de battre le record de l’Olympic (ou tout simplement pour impressionner la presse). La seule passion du commandant Smith était de battre le record de la traversée de l’Atlantique et se faire ainsi une réputation dans le monde.
Malheureusement, il a minimisé le danger, un peu comme notre CENI, avec Ngoy Mulunda à sa tête.
LE PRIX DE L’ARROGANCE
Au début du processus électoral congolais, des analystes avaient déjà tiré la sonnette d’alarme sur d’éventuelles imperfections. C’est avant tout au niveau de sa composition, prise en otage par les politiques – quatre issus de la Majorité et trois autres de l’Opposition, écartant de la course la Société civile, comme ce fut le cas en 2006. Et, le bureau de la CENI s’installe, Ngoy Mulunda présente un calendrier que d’aucuns qualifient d’irréaliste. Mais, l’homme s’est entêté jusqu’au bout, rejetant toute forme de dialogue ou de concertation pour parvenir à un calendrier réaménagé.
Comme le commandant Edward Smith du Titanic, Ngoy Mulunda s’est fié à son instinct et à sa foi de pasteur. Cependant, il a oublié que les données su terrain ont sensiblement changé.
Aujourd’hui, tout le monde s’accorde sur le travail bâclé réalisé par la CENI. Est-ce par précipitation ou par incompétence ? Nul ne le sait. Mais, le plus évident est que la CENI paie le prix de son arrogance.
En effet, pendant tout ce temps, la CENI et son président s’étaient enfermés dans une forteresse, rejetant toute expertise extérieure pour l’épauler dans sa lourde tâche d’organiser des élections réellement libres, démocratiques et transparentes. Il a fallu que tous crient aux irrégularités dans les résultats rendus publics pour la présidentielle du 28 novembre 2011 pour que la CENI ouvre – alors légèrement – ses portes à l’expertise étrangère. Mais, là encore, le passage des experts internationaux n’a été que de courte durée. L’équipe dépêchée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne n’a pas fait long feu, obligée de quitter la RDC presque sur la pointe des pieds.
Comme le Titanic avec Edward Smith, Ngoy Mulunda pensait faire mieux à la CENI en se fiant à son seul flair.
A l’instar de l’Eglise catholique, l’on s’est enfin rendu compte qu’il y a lieu de requalifier le processus électoral en commençant par la CENI pour sauver la démocratie congolaise, en danger permanent de perdition.
Dans les différents Centres locaux de compilation des résultats (CLCR) de la CENI, la compilation a laissé place à la complication. Bientôt, c’est la machine qui sera bloquée. Prochain test : le 26 janvier 2012, date à laquelle la CENI a promis de publier les résultats partiels des législatives de Kinshasa, après le report sine die de ceux des provinces.
Décidément, le navire électoral de la CENI est en train de couler. Il y a urgence de lui jeter des bouées de sauvetage pour récupérer ce qu’il en reste encore.
Par Faustin Kuediasala
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