La population de Kinshasa en colère refuse les nouvelles coupures de 1000 et 5000 francs
Le FMI garde silence sur les nouvelles coupures du Fc
(Publié le 18 juin 2012)
Le second Programme économique du gouvernement (PEG 2) est en passe de connaître un coup dur avec l’émission dès le 2 juillet 2012 de nouvelles coupures du franc congolais (1 000, 5 000 et 10 000 Fc). Conseiller économique du gouvernement depuis la reprise de la coopération structurelle en 2001, le FMI ne s’empresse pas de réagir à cette opération mal accueillie par le public. Ne dit-on pas que «Qui ne dit mot consent» ?
Alors que l’actualité économique est dominée par l’émission dès le 2 juillet prochain de nouvelles coupures de franc congolais, des experts du Fonds monétaire international scrutent jusqu’au 21 juin 2012 le second Programme économique du gouvernement (PEG 2). Alors que d’habitude ils communiquent avec le public sur les échanges eus avec les différentes autorités du pays, cette fois-ci c’est motus et bouche cousue. Que peut bien cacher ce silence ? N’ont-ils pas réussi à dissuader le gouvernement sur son projet qui passe pour une pilule amère à faire avaler à la population?
On peut supputer jusqu’à l’infini. Mais, pour l’instant, l’on continue à considérer que le FMI conseille le gouvernement en matière de finances et autres. En ne donnant pas son avis sur la mise en circulation de ces coupures antisociales du Franc congolais, l’institution de Bretton Woods vient rajouter à l’anxiété du lendemain. Cela nonobstant les raisons de l’absence de communication. Aussi curieuse que déroutante, l’attitude des experts du FMI en séjour à Kinshasa pourrait être interprétée comme une complicité directe ou indirecte.
Le vendredi 15 juin, ils ont été reçus par le Premier ministre, Matata Ponyo Mapon. Rien n’a filtré de leurs entretiens. Peut-être préfèrent-ils attendre la fin de leur mission pour se prononcer. Toutefois, réputé conseiller du gouvernement en matière économique, le FMI doit avoir certainement émis son point de vue sur le projet de lancement de nouvelles coupures du Franc congolais, notamment celles de 1 000, 5 000 et 10 000 Fc. Son ombre plane même si l’on ne sait pas grand-chose sur ce qu’il aurait dit au gouvernement.
Une chose est sûre. C’est que dans le projet de lancement de nouvelles coupures du FC, le gouvernement n’agit pas seul. Car, c’est en 2005 que ces billets ont été frappés. Depuis cette date, ils remplissent les coffres-forts de la Banque centrale du Congo. Que l’on ait décidé aujourd’hui de les mettre en circulation suppose un compromis avec son conseiller. Dans l’opinion, le projet continue à alimenter la chronique alors que la Banque centrale du Congo, de son côté, tente de calmer le jeu. Depuis un temps, l’Institut d’émission a mis en marche sa machine médiatique pour convaincre l’opinion. Il s’agit d’obtenir son adhésion pour éviter un probable naufrage au projet.
MENACE SUR L’EQUILIBRE DU PEG 2
La population, dans certaines provinces, se prépare déjà au soulèvement. C’est le cas de la province du Kasaï Oriental où une marche de protestation contre le lancement de ces coupures de FC a été annulée en dernière minute dans la ville de Mbuji-Mayi. C’est dire qu’on tend déjà vers une surchauffe. Dans la foulée, les équilibres du PEG 2 pourraient être mis en ballottage défavorable. Ce qui, d’une certaine manière, devait interpeller davantage le FMI pour éviter que le programme durement négocié en décembre 2009 ne vole en éclats. «Mieux vaut prévenir que guérir», dit-on. Autant le FMI a souvent rappelé à l’ordre le gouvernement chaque fois que le PEG 2 était mis en mal, autant il a intérêt à recadrer l’action de l’Exécutif congolais pour prévenir le danger qui pointe à l’horizon. L’émission des coupures à valeurs faciale élevée ne devrait pas se passer sans heurts. Elle sera accompagnée de vives tensions sur les marchés, notamment en termes de prix des biens et services ainsi que de taux de change. Le navire est en voie de chavirer, le FMI garde curieusement silence.
Attendrait-il que le navire échoue dans des eaux troublées de l’inflation et de la dépréciation monétaire pour qu’il réagisse ? C’est la question qu’il faut se poser au regard de son indifférence. Or, il n’est un secret pour personne que le FMI est impliqué dans toutes les décisions économiques, monétaires et financières prises au niveau du gouvernement. En effet depuis 2001, année de la reprise de la coopération structurelle avec la RDC, le FMI, tout comme la Banque mondiale, ont un mot à dire dans les choix économiques de la RDC. Des réformes initiées en 2002, notamment celles relatives à la promulgation du Code minier, du Code forestier et d’un nouveau Code des investissements ont été mises en œuvre après «avis de non objection» émis par ces instituions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale).
De ce point de vue, il est évident que le FMI, de même la Banque mondiale, n’ont pas été mis à l’écart du projet de lancement de coupures à valeur faciale élevée. Des sources indiquent que de tout temps, le FMI s’opposait à ce projet, prétextant que le contexte ne s’y prêtait pas. Que le gouvernement se soit lancé dans l’opération d’émission de nouvelles coupures, suppose que, d’un côté, il a reçu l’aval du FMI, et de l’autre, il a l’assurance que le contexte marqué par une stabilité du cadre macroéconomique s’y prêterait bien. Toutefois, il faut craindre un retournement brusque de la conjoncture. Avec risque d’écroulement de tout l’édifice de la stabilité sur lequel repose le projet de lancement de ces nouvelles coupures. Une contagion de la conjoncture internationale, en perpétuelle dégradation, est donc à craindre. Ce qui vraisemblablement devrait pousser le gouvernement, autant que le FMI, à plus de prudence et de retenue avant de se lancer dans ce projet.
Rien ne légitime en pareille circonstance, le silence à peine voilé du FMI. Pour autant que l’opération du 2 juillet 2012 pourrait entraîner inévitablement des conséquences sur le programme qui le lie depuis le 11 décembre 2009 à la RDC. Sa réaction est donc attendue avant que le cadre de mise en œuvre du PEG 2 ne s’embrase et que l’on dise que les Congolais sont incapables de diriger leur grand pays aux nombreuses ressources naturelles.
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